10  dec. 2009
< Retour à la une

Tous dans le même sac

Définition et comparaison d'une société pluriculturelle et d'une société multiculturelle


Par grande précaution intellectuelle, il est évident qu’on ne peut pas considérer qu’une culture est plus aboutie qu’une autre, plus légitime et donc qu’une culture est appelée à en dominer une autre. La posture la plus politiquement correcte, la plus en adéquation avec la préservation de la paix serait certainement de ne jamais le remettre en question et de respecter toute culture. Dans ce cas, on considère les valeurs, les dogmes, les rites, les traditions et le folklore de chaque culture comme inaliénables, comme au dessus de tout jugement qui ne saurait alors être fait que relativement à une autre culture.

La construction de la société pourrait ainsi être appelée pluriculturelle. L’addition d’identités culturelles irréductibles qui seraient prises en compte toutes au même titre, et ainsi construire une société plurielle, de plusieurs cultures différentes les unes à coté des autres. Cette société pluri-identitaire fait évidemment, au-delà des questions culturelles, partie du système économique mondial. Ainsi elle se plie aux Lois du marché qui lui permettent de générer des richesses matérielles, qui dans ce système sont indispensables à sa survie. Il est nécessaire pour la construction d’une société dans la paix qu’elle se plie aux Lois du marché et alors que la politique gère la société et donc les cultures qui la composent comme on gère une entreprise. Il faut qu’elle soit efficace, rentable, pour pouvoir survivre. Mais politiquement pour être en paix, la seule adaptation au système économique mondial n’est pas suffisante. Il faut en plus, à l'État aspirant au consensus, éviter tout positionnement idéologique. Celui-ci doit gérer comme un chef d’entreprise les problèmes économiques et sociaux des communautés qui la composent, à savoir assurer des bénéfices à celles-ci, et offrir des services spécifiques à chacune et des réponses à des problèmes sociaux.

On remarquera par exemple en ce qui concerne la santé que l’on commence à accepter, pour la paix, qu’un individu d’un genre exige de se faire soigner par une personne du même genre et l’on inscrit ainsi au premier plan l’identité de l’individu comme critère de qualification et donc de discrimination. L’identité de l’individu rentre en compte dans le fonctionnement de la société. (Si l’on prend l’exemple des policiers, on remarque qu’une fouille au corps ne peut être effectuée, selon le règlement, que par une personne du même genre. Ainsi, dans les codes mêmes de la sécurité et de ses protocoles, l’identité est mise en avant et d’autant plus l’idée d’évidence d’une hétérosexualité des fouilleurs et des fouillés, puisque le(s) auteur(s) du règlement a/ont cru protéger en ce sens d’éventuels abus mais d’une part en oubliant qu’une pratique majoritaire ne fait pas règle et de plus que nous ne sommes (ou qu’ils ne sont, les policiers) pas tous des animaux incapables de maîtriser nos pulsions). On façonne vraiment l’identité, et on façonne l’identité à être identitaire.

Donc le droit à la différence qui partait d’une vision très humaniste des choses, qui parait évident, amène malheureusement à la différence du droit, et non le droit à l’indifférence. Une société multiculturelle qui serait capable d’intégration, serait construite d’une multitude de petites choses, de petits fragments. C'est-à-dire qui serait capable de se nourrir des richesses intellectuelles de chaque culture, non pas au service d’une culture dominante mais bel et bien pour tenter de construire une société au plus juste.

De façon indifférente dans une société multiculturelle, tout individu aurait les mêmes droits, parce que à la lettre l’identité ne rentrerait pas en compte. La seule chose qui serait prise en compte, c’est le fait d’être un être humain. (Sauf évidemment la nécessité de définir une majorité et une minorité d’âge. Le mineur a absolument les mêmes droits de protection par la société qu’un autre, sauf qu’il n’a pas les mêmes droits de décision.)


Dans une société pluriculturelle, en prenant en compte l’identité, on en arrive à l’établissement de quota, et donc d’une histoire de parité. On juge ainsi par exemple les genres chacun de leur coté. Si pour diriger le pays, on a besoin de personnes de valeurs, de qualité, la parité homme/femme pose problème puisqu’on ne sélectionne plus par rapport aux qualités de l’individu, mais par rapport à son genre. S’il faut 30 personnes, on choisira 15 hommes et 15 femmes même si d’autres hommes ou d’autres femmes auraient été plus compétents que ces femmes ou que ces hommes choisis de façon compartimentée pour remplir un quota.

On peut comprendre la parité comme l’obtention des mêmes droits que les autres identités, l’obtention pour tous des mêmes droits, mais c’est une des facettes de la différence du droit parce que c’est l’obtention du droit spécifique. Si la dite communauté réussit à atteindre son droit à la reconnaissance, elle obtiendra une spécificité du droit qui prendra en compte son identité particulière et contribuera à cloisonner en encore un peu plus la société en fonction des identités. On pourrait parler d’une différence de droit, d’un droit à la différence et en ce sens de concurrence victimaire dans la mesure où pour "avoir la paix", on cède, on concède une spécificité à un groupe de personnes se positionnant comme une minorité persécutée. Nous ne nions pas ici les persécutions de certaines minorités mais nous envisageons comme dérive l’acquisition non pas des mêmes droits mais d’un droit spécifique en vertu d’un statut de victime par la stimulation de la pitié ou de la culpabilité.


Il peut paraître anodin, charmant, attirant touristiquement que le folklore d’une région soit atteint de cette sacro sainte reconnaissance. C’est au même titre que l’anglais, l’allemand ou toute langue vivante étrangère que le petit breton apprendra le breton. « Rien de choquant puisque cela fait partie de son identité, c’est normal. » Mais le fait d’apprendre une langue vivante étrangère va logiquement à l’encontre du communautarisme, puisque celle-ci ouvre à d’autres cultures. Considérer qu’un dialecte ou un patois peut être enseigné au même titre que celle-ci signifie l’absolu inverse. Ainsi le repli communautaire remet en question l’unité nationale et au-delà l’unité de l’humanité. En effet, nous ne parlons déjà pas tous la même langue d’un pays à l’autre, alors il est encore plus problématique de se replier dans un dialecte peu répandu et peu parlé…

Nos régions ont du talent. La fierté de sa région va souvent de paire avec le dénigrement des autres. (Évidemment si la consommation intellectuelle et matérielle faite exclusivement dans sa région était poussée par une conscience écologique les résultats en seraient tous autres. Les résultats ne pourraient être la fierté de sa région, la méfiance à l’égard des autres, etc. Celui qui consomme régionalement par "éthique biologique" a conscience qu’il fait partie d’un tout, c’est ainsi une vision altruiste, dans le respect des autres aussi. Tandis que lorsque cette consommation est poussée par une fierté, une appartenance à, il est question de concurrence avec les autres (cf. les publicités télévisées des régions qui vantent leurs qualités pour le tourisme à la manière d’une entreprises qui fait son marketing.)) Les panneaux de signalisation en dialecte peuvent être sympathiques pour les touristes, « ça fait terroir ». Mais par essence, les panneaux de signalisation sont un code commun à tous, qui doit être compris par tous. Lorsque l’on écrit dans un patois qui appartient aux autochtones, on exclue les autres. Le jargon enferme et peut être un argument pour "se sentir soudé" mais pour dire aussi, « vous ne faites pas partie de notre monde ».

Qu’il soit rappeur, golfeur, rockeur, religieux ou régional, le jargon, le dialecte, le langage particulier (par l’accessoire visuel compris) empêche de partager du sens avec les autres, donc de construire quelque chose de commun avec eux. [Il est peut-être intéressant, même si cela n’est que rapprochement linguistique, de remarquer qu’une langue dont l’utilisation est propre, personnelle à un sujet est appelée un idiolecte. Le préfixe « idio » : élément, vient du grec signifiant « propre, spécial, particulier, simple ». Il a donné idiolecte, mais évidemment aussi idiot.] Une société pluriculturelle doit favoriser tout ça pour plusieurs choses : pour être en paix, satisfaire chacun de son coté et les exhorter encore un peu plus à vivre les uns à coté des autres. Parfois cela va jusqu’à un consensus des valeurs de la société avec ses principes extra culturels qui étaient censés la régir (le principe de laïcité par exemple qui peut être quelque peu flexible de façon plus ou moins officielle.) On concède pour favoriser l’idéologie dominante qui est, elle, économique : plus on va abandonner la politique et la morale aux différentes communautés (autonomie croissante), plus on aura loisir par concession et contentement de gérer l’économie.

Toute revendication communautaire qu’elle soit de genre, de religion, (de machin ou de truc) participe à la construction de la société pluriculturelle.

Va-t-on aller jusqu’à avoir selon son identité un calendrier différent, des vacances différentes, un droit du travail différent, etc., constat d’échec d’une politique d’intégration ?

Le seul terrain favorable à la construction d’une société multiculturelle c’est avant tout une constitution (juridique et législative), la constitution d’une organisation civile qui saurait ne jamais faire aucune différence identitaire entre les individus. Un code qui ne prendrait jamais en compte des questions de genre, de sexualité, d’origine ethnique, d’obédience politique, religieuse, de localisation géographique, de mode de vie, toujours en tentant de façon absolue de préserver l’intégrité des mineurs et dans le soucis de la protection consentante des personnes physiques et morales. Une société multiculturelle qui a un projet de société est idéologiquement positionnée. Une société aux projets de civilisation, à des moyens termes, où le requestionnement des directions idéologiques est un fondement de base. Tout l’équilibre est à trouver entre long terme et moyen terme. Y aurait-il des valeurs qui seraient plus une question d’éthique, donc inaliénables ? La non atteinte de toute personne physique et morale ? Une société qui ne se prive d’aucun apport, où la revendication identitaire privée n’aurait plus lieu d’être dans ce projet de société, pour que seul prévale l’intérêt général (condition sine qua non de la construction égalitaire en commun).


Patois, ni toi, ni toi, ni toi, ni toi, ni toi, ni toi, ni toi, ni toi,...

< retour à la une

Adventice-Gariste Gatené
Installateurs sanitaire et social

adventice.biz
& garistegatene.com
contact [at] adventice.biz