10 dec. 2009
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La culture se distingue de la nature par son intentionnalité. La culture est produite, ses productions ont des fonctions, des buts, elles sont interprétées et interprétables (par opposition la foudre peut également être interprétée sans être finalement interprétable, elle n’a pas de fin, elle est non intentionnelle). Paradoxalement c’est une métaphore “naturelle“, culturale qui va tenter de donner à comprendre la différence et les différends entre culture parasitaire et culture fixée. La culture ça n’est pas le patrimoine, ce n’est pas ce qui est établi mais c’est ce qui pousse, ce qu’on fait pousser et qui est vivant. Une production culturelle est cultivée, c'est-à-dire qu’elle répond à une demande, un besoin, une envie. On lui attribue une fonction et on tente de la lui faire remplir. Même dans une tradition du patrimoine, la culture n’est pas l’index de ce qui est, mais elle est la pratique des choses ; la culture définit ce qu’on fait de ce qui est autant qu’elle conditionne ce qui sera. La métaphore agraire de la culture, qui s’impose au su de son étymologie, nous invite donc peut-être à comprendre la culture comme la mise en mouvement de valeurs permettant d’apprécier, d’interpréter et de produire de la pensée et par la même les productions que l’on qualifiera de culturelles qui en découleront. La culture est vivante même vivace, c’est pourquoi elle ne peut être en totalité maitrisée ; la culture est affaire de prescriptions et d’intentions au devenir patrimoine par l’agencement de ses multiples objets. Comme chacun a à penser la culture, chacun vit également la culture et perçoit le monde par celle-ci. Comme s’il voyait à travers une paire de lunettes, à travers des verres teintés, à sa vue. Chacun participe de la construction de la culture mais il n’est pas à oublier non plus qu’il puisse exister ce que l’on appelle une “culture dominante“, un mode de vie ou la mise en mouvement de valeurs partagées.
Ce que nous pointons c’est la nature de cette culture, culture fixée, figée. Une culture qui paradoxalement broie ses productions très rapidement, comme une culture de l’instant, précaire et transitoire au regard de ses “niveaux de rendements“. A contrario, l’agrégat des croyances ancestrales et des coutumes semble servir d’alibi à l’image du caricatural « oui d’accord, mais ça fait partie de la culture ». La culture fixée se donne à voir par le biais des traditions, des accents locaux, des couleurs et des goûts « bien authentiques ». Mais qu’importe l’originalité du folklore, si celui-ci est animé par le profit financier (ethno-tourisme par exemple), la culture, la pratique des choses, qui le sous-tend est la culture dominante (actuelle). La culture dominante est aujourd’hui celle du linéaire, qui a foi dans le progrès et qui met un point d’honneur à faire respecter la propriété intellectuelle. Effectivement, les valeurs qui sont mises en mouvement par cette culture sont celles du profit individuel à court terme, celles de la propriété privée privative, le tout saupoudré d’hétéropatriarcat et de communautarisme. Cette culture, vivante, est une espèce cultivée particulière ; c’est une espèce stabilisée dont les productions savent répondre à la rentabilité. Comme toute culture elle fait des choix, une sorte de sélection génétique, mais les siens tendent au clonage ou en tout cas à coller précisément à ce que le consommateur attend.
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Cette culture est figée, fixée comme une moule accrochée à son rocher, dans sa coquille, fermée comme une huitre, cette culture sait se protéger et même filtrer (pour mieux s’en servir) tout ce qui pourrait la déranger. A l’instar du mollusque, cette culture est molle, c’est celle du consensus sachant préserver le libre marché. Et comme toute culture, elle prolifère et envahit. La culture parasitaire prolifère et envahit de la même manière ; potentiellement. Cependant, elle n’est pas la même mise en mouvement que la colonie de crustacés. Le parasite c’est effectivement un organisme vivant aux dépends d’un autre, mais ici il est utilisé au sens commun du terme : le parasite c’est le non désirable, le dérangeant, c’est ce qui grouille, qui s’éparpille, qui diverge, c’est le multiple. Une mauvaise herbe (adventice) est dite parasite tout simplement parce qu’on ne la croit pas utile. Ainsi une culture parasitaire serait une culture perpétuellement en (re)questionnement, qui saurait même remettre en jeu ses intentions et les nécessaires valeurs qui la fondent. Si elle est en dialogue avec, ou en combat contre une culture dominante, alors son rôle est de chatouiller, de bousculer, de déranger jusqu’à la contamination, au parasitage. Mais quand bien même elle serait dominante, elle ne devrait certainement pas en être moins parasitaire ; un parasitage pronominal pour éviter tout confort et tout repos. Bien entendu, le danger, déjà effectif c’est que la pluie du parasite ne fasse “que mouche“ et ne sache que provoquer un consensuel arc-en-ciel. Face à une culture dont le moteur est la promesse de beau temps pour chacun et par chacun, la mouche dans le lait n’est malheureusement qu’une soupape de respiration, un “petit moment de révolution“ qui ne sait que servir le système. La culture parasitaire ne peut se contenter d’être un pigeon risible et admis, elle doit aspirer au changement climatique, au bactérien ou au viral. Elle ne doit surtout pas n’être qu’un orage mais bien plutôt une façon de vivre, de représenter et comprendre le monde. Cette culture ne nous est pas étrangère, c’est juste une question de pratique, de point de vue, c’est une façon de vivre le culturel, d’appréhender ses objets et cela ne dépend pas du type d’objet ; c’est savoir ce qu’on fait et de quelle manière. Cette culture parasitaire, même si elle ne conçoit pas l’histoire comme linéaire, mais plutôt en rhizomes, comme par sauts, ne nie pas pour autant la mémoire culturelle, mais elle s’en sert comme d’une boîte à outils et non plus comme d’un patrimoine (ce qu’a légué le père et dont le respect a fait sacré). Cette mise en mouvement n’est pas sotte au point de croire que l’on crée à partir de rien, elle ne croit peut-être d’ailleurs pas du tout à la création, mais bien plutôt à l’agencement et au réagencement d’idées humaines, de leur mise en réseaux, quelle que soit leur origine historique ou géographique. La culture est une technique de modelage, un mode de pliage à partir de la même matière première. Les différences sont dans la forme, les différends dans ce qu’on en fait.
La culture c’est le mode de vie, c’est la façon de vivre les valeurs, et c’est donc la façon de les transmettre : la culture figée comme celle du repassage aux plis bien faits, conformes au t-shirt précédent ou le jouet de super marché sera conforme au désir d’évasion parentale / la culture parasitaire comme celle du froissement, aux plis multiples mais surtout peu marqués, aux plis en devenir. |